À quoi ça tient la vie?
Nous sommes des êtres socialement déterminés.
Je suis plutôt grand, vachement blanc, presque blond et un peu bleu des yeux.
À un prénom hébreu près j'aurais fait un tabac chez les néo-nazis.
Dans son immense miséricorde, et avec ce sens de l'humour si singulier dont savent faire preuve les grands de ce monde où le cynisme confine parfois au sadique; dans son immense miséricorde donc, Dieu m'affublât dès la naissance d'une tête à claque que je n'ai nullement perdu depuis. Dans son infinie suffisance, estimant probablement que faire preuve de tant de mansuétude envers tous ces pauvres pécheurs dispense d'en quérir auprès d'eux le cas échéant; dans son infinie suffisance donc, Dieu n'a daigné se montrer confus envers ma personne même si je dût souffrir de ce mauvais scénario de comédie burlesque. Après tout, a-t-on témoignage d'une quelconque discussion entre Scapin et Molière, ce dernier présentant ses plus plates excuses pour l'avoir créé si fourbe? Non, que je sache. La vie est ainsi faite : les juges jugent, les balayeurs balayent et les génies rechignent aux courbettes. Et question génie, j'avoue n'avoir jamais lu les écritures divines, mais m'a-t-on dit, le mec touchait sa bille. Il n'y a qu'à voir le nombre de groupes de lecture qui lui sont dédiés à travers le monde pour être convaincu de son talent littéraire.
Toujours est-il que. Tout Seigneur qu'il soit, Dieu demeure un dieu à notre image humaine et n'en reste pas moins parfois un peu enfoiré sur les bords. Je possède donc cette faculté ingrate d'être fautif ne serait-ce que par le fait d'exister. Ne serait-ce qu'à cause de cette foutue tête, de celles dont la seule vision au réveil suffit à vous exaspérer pour les siècles et des siècles et des siècles et des cætera. Tout au moins pour la journée. Ou les cinq minutes à venir. Le temps d'avaler son petit déjeuner et par là même ravaler son humeur de chiottes. Enfin bon. Je ne pipe mot mais ma simple présence insupporte, et l'on en vient à me reprocher toutes choses pour éviter d'en venir au fait : si je n'était pas, ce serait mieux. Il semble que par cette volonté de n'évoquer la cruelle réalité, quitte à la masquer par d'infondées accusations, celles-ci ne nécessitent point après coup quelque présentation d'excuses que ce soit de la part de l'inquisiteur. Ce dernier estimant probablement que faire preuve de tant de mansuétude envers moi l'en dispense, car, ça part d'un bon sentiment ,que diable! - je répondrais que l'enfer est pavé de bonnes intentions. Amen.
Vous me direz : "Tu parles, tu parles, t'as l'air de Caliméro et en invoque le divin comme pour te justifier..." Non mais oh! Ça va pas de dire ça? D'abord Caliméro était noir. Autrement dit il en aurait bien plus à redire que moi sur les injustices perpétrées par l'Eternel dans sa version catholique. Ensuite sous mes airs de rustre j'ai tout de même mon propre cheminement spirituel, nom de Dieu! Et c'est ainsi que depuis l'age de douze ans, je ressent parfois le besoin d'un retraite définitive dans un quelconque monastère. Vivre en ermite, sans contact extérieur, et crever à petit feu car mon réchaud Butagaz est vide et qu'il m'est interdit de parler au pompiste. Pour fuir le monde me demanderez vous? Allez y ne soyez pas timide, demandez le moi... Eh bien je vais vous surprendre, mais non. Je crois qu'inconsciemment ma démarche vise surtout à épargner le monde de moi-même. Vous êtes trop bons, et tant d'efforts ne sauraient souffrir d'être un jour récompensés par ma disparition. Ainsi débarrassés de votre épée de Dame Riclès que je représente en permanence, vous pourrez vivre libres - et vous avez le bonjour de mes ulcères.
Car il serait d'autant plus injuste en ce qui vous concerne de croire qu'être accusé à tort me blesse. Non, j'ai dépassé cela depuis longtemps et réalise pleinement votre calvaire. De plus, ma quête spirituelle s'est achevée sur l'étymologie de mon prénom se révélant être pour moi une véritable... révélation : en hébreu, "je" signifie "Dieu de miséricorde".
Eurêka! Bon sang mais c'est bien sur! Alléluia! Fiat lux! Cinquecento! SI vous n'osez quémander mon pardon, ce n'est que par psycho-patronymologie appliquée, vous savez que j'accorde celui-ci sans nul besoin de reconnaitre ses torts. Dieu soit loué - avec un mois de caution , je vous ai tous pardonnés sans même que vous me l'ayez demandé.
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Addendum : dans le passage où l'auteur écrit Caliméro était noir. Autrement dit il en aurait bien plus à redire que moi sur les injustices perpétrées par l'Eternel dans sa version catholique , il n'est en aucun cas question d'une analogie entre la couleur de plumes du sus-dit poussin et une quelconque tare infligée par le divin, mais bel et bien des ravages de l'Eglise en Afrique sub-saharienne. Il convient en ces temps troublés d'apporter cette précision. Dont acte.
Duodenum : note de l'auteur concernant la précédente précision : "Bande de fachos, vous avez l'esprit sacrément mal tourné!"
Sternum : là il s'agit juste d'un jeu de mot que je tenais à faire, à l'image de l'intitulé de la seconde note de bas-de-page, même si je suis le seul à en possèder la clé.
Rectum : bon, arrêtez de chercher, je vais vous le dire! Par association d'idées, rect- est le préfixe de rectangle, figure géométrique reconnaissable à ses quatre cotés et ses quatre angles droits. Comme il s'agit de la quatrième note de bas-de-page que je m'amuse à écrire dans le seul but de vous divertir, j'y accole la terminaison latine que l'on peut percevoir dans le mot "addendum". D'où "rectum". Voilà tout, et si c'est pas drôle je m'en branle. Est-ce que je vous demande de me faire rire, moi? Ben alors...
PS : j'aurais écrit "postscriptum" dès le début je me serait moins fait chier.