De tout ce temps passé nonobstant ma présence bien réelle jusqu'à ce que mes paroles lui soient devenues inaudibles à tant regarder les paroles d'autres ; de tout ce temps passé avec le cul vissé dans le canapé, le regard faisant face au sien cloué sur le fauteuil de bureau, la seule interface qui me reste car ses yeux se réservent à l'ailleurs ; de tous ces outils inventés pour qu'à ma personne bien réelle l'on préfère fréquenter l'image du monde et de ses hôtes ; j'ai appris une chose.
On n'écoute pas ce que je dit. Pas même ce que j'écris. Parle à ma main sur le clavier.
A trop fréquenter l'ailleurs le monde s'est réduit à mon écran d'ordinateur. Il a de toutes façons bien plus de conversation que son propriétaire. Internet est un outil de colonisation. Et pas seulement culturelle. Par internet trop ont envahi ma vie.
Je sent le fellah en moi à l'aube d'un exil, ou d'un massacre de grande envergure. Dieu qu'on aurait dû s'y attendre, à ce premier matin de novembre.